L'étude inédite de Christopher Pratt sur la motivation des skippers du Vendée Globe

Se lancer à l'assaut du Vendée Globe (ou de n'importe quelle course au large, en fait !), ça demande une énorme préparation en amont. On sait aussi que rien ne se ferait sans motivation. Ce qu'on dit moins, c'est qu'avoir de la motivation, ce n'est pas juste avoir envie de faire.

Qui mieux que Christopher pour nous en parler ? 

Il navigue - incroyablement bien, en toute objectivité ;-) - mais surtout, il a le bagage universitaire qui va bien : la psychosociologie du sport, c'est son terrain. 

Christopher, on le dit souvent, est un sportif avec un cerveau ! Blague à part, En 2012, notre skipper préféré est retourné sur les bancs de l'école pour faire un Master en management des organisations sportives et psychosociologie du sport (oui, tout ça !). Incité par son éducation par deux parents enseignants-chercheurs, il décide de se lancer dans ce diplôme avec une orientation Recherche.

Pour notre plus grand bonheur, et celui des entreprises qui lui font confiance, Christopher travaille pendant deux années sur les questions de prise de décision complexe et de motivation individuelle et collective. 

En sort un mémoire de recherche bien documenté, bien volumineux mais surtout très instructif ! Il y réalise une étude inédite sur la motivation des skippers du Vendée Globe pendant la compétition, du jamais vu dans aucun sport ! (C'est certain qu'il est délicat de demander à Nadal ou Federer leur degré de motivation entre deux balles de set.) 

En cette saison de Vendée Globe, et de pandémie, on s'est dit que cette étude sur l'autodéterminantion des skippers du Vendée Globe 2012 réalisée au sein du laboratoire Sport MG performance vous serait utile. On l'a découpé en trois articles. À quelques jours du départ du tour du monde, en voici donc le premier volet.

 

Lorsque nous avons évoqué le sujet de la motivation dans mon sport avec Sarah Calvin, ma directrice de mémoire, il est devenu évident que nous avions là une chance unique dans le champ de la psychobiologie du sport : tester la motivation de sportifs au sein même d’une compétition ! En effet on peut questionner la motivation d’un joueur de tennis au cours d’une saison avant ou après un match mais pas pendant !
 
En préambule, petit rappel théorique pour définir le cadre dans lequel nous avons travaillé. 

Selon la théorie de l’auto-détermination (Deci & Ryan, 1985b, 1991), il existe deux types de motivation : la motivation intrinsèque, conceptualisée comme la plus autodéterminée et la motivation extrinsèque, divisée en quatre formes plus ou moins autodéterminées. Les régulations intégrées et identifiées sont considérées comme des formes de motivation autodéterminée alors que les régulations introjectées et externes sont des formes de motivation non autodéterminée ou contrôlée.
La nature de l’engagement d’un athlète dans une activité permet de faire la distinction entre ces deux formes de motivation. Un individu intrinsèquement motivé décidera de s’investir librement dans une activité pour le plaisir, l’intérêt et la satisfaction qu’elle lui procure. Au contraire, un sujet extrinsèquement motivé pratiquera une activité afin d’obtenir des bénéfices liés à l’engagement dans cette activité.
 
Dans son modèle hiérarchique de la motivation intrinsèque et extrinsèque, Vallerand (1997) postule que la motivation intrinsèque et la motivation extrinsèque existent àtrois niveaux de généralité : global, contextuel et situationnel.
 
Pour mener notre ouvrage à bien, nous nous sommes donc appuyés sur ces bases théoriques et sur un questionnaire développé par Vallerand & al : L’EMS (Échelle de Motivation dans le Sport). Il permet de tester la motivation d’un individu aux différents niveaux de généralité. Dans un premier temps nous avons soumis ce questionnaire aux skippers qui avaient accepté de répondre à l’étude quelques jours avant le départ de la course.

Résultats sur le schéma :


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Les skippers présentaient des scores de motivation intrinsèque élevés, mais aussi des scores de régulation introjectée relativement importants. Ils n’avaient aucun doute sur les raisons de leur présence au départ. Ils participaient à la course pour le plaisir d’être en mer, c’était une décision personnelle, ils trouvaient un sens à leur participation et savaient pourquoi ils étaient au départ.

Les questionnaires montrent qu’ils ne participaient pas à la course pour des motifs externes. Ces résultats sont en accord avec les travaux de Deci et Ryan (1985b), qui postulent que l’engagement dans une activité pour des motifs intrinsèques est lié positivement à la persistance et au bien-être.

Il est toutefois intéressant de noter que, bien que globalement très autodéterminés, les skippers présenteraient des profils motivationnels différents les uns des autres. Malgré ces motifs profonds plus ou moins internalisés, leur motivation à l’aube de ce défi unique était immense.Une motivation extrême mais de différente substance, ce qui sera d’ailleurs déterminant dans la suite de notre étude…

Rendez-vous le mois prochain pour la suite de cette aventure… heu étude ;)



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