Philosophie de l'amertume

    Une 3ème place pour le tandem Beyou Pratt sur l'Imoca Charal 

    Marsail juriscup arkea evenementiel

     

    La question que l’on me pose sans cesse depuis notre arrivée concerne l'adversité et les ressources que nous avons mobilisées pour remonter jusqu'à la troisième place alors que nous sortions 7ème avec 200 milles de retard en sortant de ce pot au noir de malheur.

    "Comment avez-vous fait pour vous relever, pour continuer à vous battre, pour ne pas baisser les bras, pour ne pas abandonner, pour ne pas vous jeter par-dessus le bord, ne pas jeter l'éponge ?"

    Eh bien on a fait... ce qu'on a pu.

    La vraie réponse est 'je ne sais pas'. Mais voici mon analyse et mon ressenti de ce qui s'est passé :  

    • La première chose qui me vient à l'esprit, c'est le principe de réalité. Quand nous avons compris que nous ne gagnerions pas, nous ne voulions plus qu'une chose : rentrer et retrouver nos proches.

    Ce fut une source de motivation.

    • Ensuite nous nous sommes appuyés l'un sur l'autre.

    Le silence s'est installé sur le bateau.

    Nous avons éteint les positions des autres bateaux : c'était trop dur de les voir passer un à un devant nous. Le sommeil nous accordait de courtes pauses. Mais au réveil nous déversions à tour de rôle la rage, la colère, le désespoir qui nous submergeaient.

    Puis, à un moment, on s’est tapé dans la main, on s'est pris dans les bras : "OK, on en est là, c’est pas de bol, on n'a pas méritéça mais on va s’en sortir ensemble..."

    Ce fut une source de mobilisation.

     

    • On pourrait assimiler cela au travail du deuil, en version accélérée et toute proportion gardée, qui est aussi celui de la gestion des frustrations. C'est ce process qui te porte d'un choc, à son acceptation, à la projection dans le futur. On a un peu de vécu, Jérémie et moi, ça nous permet de comprendre ce mécanisme et de le mettre en action dans un temps très court.

          Notre expérience est une force.

     

    • Enfin une chose importante, et sur laquelle il me faut encore progresser, c'est de rester concentré sur le moment présent, minute après minute, nuage après nuage, manœuvre après manœuvre, en continuant à faire de mon mieux, à donner le meilleur, sans me soucier du résultat.

    Bref, une nouvelle leçon de vie.

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    Car au fond le résultat est-il si important ?

    Il y aura toujours meilleur que moi, aujourd'hui ou demain.

    De même que le bonheur n'est pas dans la destination mais dans le cheminement, la performance n'est pas toujours dans la victoire mais dans les moyens mis en œuvre, l'énergie déployée, la sincérité et la totalité de notre implication.

    Je sais que j'ai donné le meilleur de moi-même dans cette course, à Jérémie, au team Charal.

    Et finalement le plaisir était là. Mais pas de la manière attendue.

    J'aime gagner mais j'ai surtout toujours voulu naviguer. Et c'est ce que je fais. Alors voilà, je navigue. Et je vais encore naviguer, engranger de l'expérience et continuer à aimer ça. Chaque course est un pas de plus dans ce rêve de gosse.

    Parce que naviguer fait partie du sens de ma vie. 

    Parce que ce sont tous les échecs rencontrés et les épreuves surmontées qui donneront du sens à une victoire.

    En 2017, je manquais mourir noyé sur cette même course. La proximité de la mort a été pour moi une révélation sur l'urgence à vivre. J'ai frôlé la mort alors je décidais de ne plus passer à côté de ma vie.

    Cette année avec ce pot au noir, j'ai eu l'impression de mourir sportivement. S'il est encore un peu tôt pour comprendre et réaliser tout ce que cette course m'a apporté, nul doute qu'il s'agit d'une nouvelle richesse. A court terme, je vais mettre à profit cette expérience auprès de toutes les entreprises qui me font confiance pour les aider à améliorer leur management au quotidien via les séminaires et formations qu'on propose chez Marsail.

    En attendant, je ne lâche rien !

    Rendez-vous donc pour la suite !

     

     

    Troisième...

    La Transat Jacques-Vabre est terminée.

    Alors que Jérémie Beyou et moi étions quasiment programmés pour gagner, sur la fusée Charal bien réglée,  nous ressentons une frustration sans nom, celle de l'ingrate troisième place. Et pourtant, je me rends compte à mon arrivée en France d'un engouement extraordinaire pour notre histoire, une engouement certainement supérieur à celui que j'aurais connu, si comme prévu, nous avions gagné, sans surprise.

    Alors ?

    Alors voilà l'illustration que le combat est souvent plus beau que la victoire.

    Que triompher dans la facilité, ça fait plaisir mais ça ne fait pas rêver.

    Avec, la semaine de notre retour, le clin d'œil de la disparition de Poulidor, plus célèbre pour ses échecs que ses victoires, pourtant très nombreuses...